Adil Charkaoui de retour en Cour fédérale

Source: Radio-Canada.ca
URL: http://www.radio-canada.ca/
Date: 7 février 2005

Adil Charkaoui, ce résident canadien d'origine marocaine soupçonné d'entretenir des liens avec Al-Qaïda, était de retour devant la Cour fédérale, lundi, pour la quatrième révision de sa détention.

Témoignant pour la première fois, M. Charkaoui a assuré qu'il ne prenait pas la parole de gaieté de coeur. « De nombreux avocats et des experts des droits de la personne m'ont dit que témoigner devant un tribunal qui tient une partie de mon procès secret ne m'apportera aucune crédibilité, a-t-il dit. Si je parle aujourd'hui, c'est pour montrer ma bonne foi. »

L'homme de 31 ans a nié en bloc les allégations qui pèsent sur lui. Il dit n'avoir jamais participé à un camp d'entraînement d'Al-Qaïda en Afghanistan, contrairement à ce qu'a avancé à son sujet Ahmed Ressam, arrêté dans une voiture pleine d'explosifs à la frontière canado-américaine en 1999.

Il nie avoir déjà participé à l'organisation d'un acte terroriste ou d'avoir été témoin d'un tel complot. Il a aussi donné quelques explications vagues au sujet de son séjour au Pakistan en 1998 et a raconté l'interrogatoire que lui a fait subir le FBI en 2001.

En outre, le détenteur d'une maîtrise de l'Université de Montréal a qualifié les attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis de « plus grande supercherie de l'histoire », estimant qu'Oussama ben Laden n'aurait pu organiser les actes terroristes.

Vie menacée au Maroc

Sous l'oeil de ses parents, de sa soeur et de sa fillette de trois ans, M. Charkaoui a rappelé à maintes reprises au juge la gravité des décisions qu'il prendrait à son endroit, affirmant que sa vie serait menacée s'il retournait au Maroc. Il estime que, malgré les soupçons du Canada, il ne représente aucun danger pour la société.

Le juge Simon Noël a pris l'affaire en délibéré. La semaine dernière, il avait refusé d'annuler le certificat de sécurité émis contre lui en mai 2003. En principe, le caractère raisonnable de ce certificat doit être plaidé à compter du 21 février prochain.

La semaine dernière, le magistrat a aussi refusé d'écarter de nouveaux éléments de preuves apportés par la Couronne en début d'année, soit des retranscriptions de deux des interrogatoires menés par le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS), en janvier et en février 2002, qui ont été détruites, et dont la défense a mis en doute la fiabilité.

Une preuve demeurée secrète

Adil Charkaoui se bat pour connaître la preuve détenue contre lui.

Adil Charkaoui est sous le coup d'un certificat de sécurité, une procédure exceptionnelle émise par le ministre de la Citoyenneté et de l'Immigration et le Solliciteur général du Canada. Le SCRS le soupçonne d'appartenir à une cellule dormante d'Al-Qaïda et de constituer, de ce fait, une menace pour la sécurité nationale.

M. Charkaoui est détenu depuis mai 2003 et risque d'être renvoyé dans son pays d'origine, le Maroc. Il a toujours nié avoir des liens avec Al-Qaïda, et se bat pour connaître la preuve détenue contre lui. Jusqu'à présent, seule une partie de cette preuve a été divulguée, pour des raisons de sécurité nationale.

Plusieurs organisations et personnalités publiques, dont Amnistie internationale, la Ligue des droits de l'homme et le député néo-démocrate Ed Broadbent, militent pour l'abandon des procédures engagées contre lui.